L'Auberge Virtuelle

MJs et lanternes rouges

#1

Depuis un an et demi, j’anime des parties dans un magasin de jeux.
Je fais découvrir le jeu de rôles a des gens de différents horizons, de différents âges et avec différent parcours.
Je fais partie des meubles maintenant et les patrons sont des amis

Au détour d’une conversation, ils m’avouent avoir eu des propositions de la part d’un autre MJ voulant organiser des parties en parallèle des miennes. Néanmoins, il a demandé combiens les meneurs étaient payés. Lorsqu’il apprit que non seulement je ne demandais pas de salaire et que j’amenais de quoi boire et un jeu différent à chaque fois il est reparti.
J’ai été étonné par cette attitude.

Cela allait contre ma vision, surement un peu utopique des loisirs faites de partage et de convivialité.
Mais je me suis rappelé avoir entendu parlé d’un autre MJ qui monnayait ses animations dans mon sud natal.

Puis je me suis fait la réflexion, certains gagnent leur vie sur leurs talents d’animateurs.
Les bardes vivaient aussi de ce genre d’activités.
Je vous pose donc la question.
Que pensez vous des parties de JDR payantes ? Un esprit d’entreprise, une prostitution de meneur ou quelque chose entre deux ?

Avez vous déjà payer ou fait payer pour vos talents d’animation ?
Et quelle expérience en avez vous retiré ?

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#2

wow

J’aimerais beaucoup pourvoir en vivre et donc je comprends ceux qui essaye.
Il n’y a pour moi rien de sale la dedans. C’est une prestation comme une autre et probablement meilleure que d’autre.
On paie bien pour organiser des murder party pourquoi ne pas embaucher un MJ un vendredi soir “pour voir” avec sa bande de pote ?

Je comprends le questionnement et gagner de l’argent c’est culturellement un peu tabou et sale en France, mais honnêtement est ce que c’est vraiment un problème ?

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#3

Ça ne me choque pas non plus de payer pour de l’animation. Les fois où j’ai fait payer pour mes prestations de meneur (l’argent ne m’est pas revenu à moi, c’est allé à l’association pour laquelle je faisais du travail bénévole) c’était soit pour des entreprises ou collectivités qui achetaient un service, soit en convention où le prix était minimal et symbolique pour fidéliser les inscrits et limiter les annulations au dernier moment.

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#4

C’est contraire à ma vision de la chose, de la même façon que je ne ferais pas payer quelqu’un pour jouer à Mario Kart avec moi. Lors d’une partie de jeu de rôle, meneur ou pas, je suis un joueur comme un autre.

Mais pour autant, ça ne me choquerait pas de trouver dans une boutique une borne où tu peux glisser une pièce pour faire une partie. Alors, si la boutique a les moyens, et que l’activité générée par le meneur lui rapporte effectivement quelque chose, il n’y a aucun mal à discuter rémunération.

Ps : Par contre, tu pourrais demander au patron de la boutique de fournir quelque chose à boire, quand même. Quand ils viennent jouer, c’est ce que font mes amis. =p

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#5

Se faire payer pour animer est-il plus aisément acceptable lorsque l’on est rémunéré en nature ? :thinking:

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#6

Quand ils viennent jouer, je propose également des trucs à grignoter et à boire.
Quand on met tous la main à la poche, on ne peut pas parler de rémunération en nature ! (Du moins, je ne crois pas ?)

Si Alquen est le seul à ramener quelque chose à chaque fois, je ne trouve pas ça très juste, voilà tout !
= )

Ps : Mais sinon, probablement que oui ? Il y a peut-être quelque chose qui nous choque moins là-dedans, à nous-autres français, si le patron dépose un cake sur la table de l’animateur, plutôt qu’un billet vert.
Déjà parce que le cake, c’est plus meilleur que le billet vert.

#7

La monétisation d’un loisir qu’on a l’habitude de pratiquer et de faire pratiquer gratuitement est toujours un aspect compliqué.
Je l’ai plusieurs fois vécu aussi bien dans l’univers du sport que dans celui du jeu.

Au delà des notions éthiques, il est souvent question de postures que l’on décide de prendre :

  • amateur : le faire pour le plaisir, avec un investissement sur son temps libre, voire on engage des frais (déplacement, collation, impression, etc.). Le fait de jouer est une forme de paiement / compensation.
  • promoteur : le faire pour développer son hobby, par passion avec le même investissement, voire plus, que l’amateur. Le fait de diffuser sa passion est une forme de paiement / compensation.
  • prestataire : proposer clairement un service, avec une promesse à tenir en terme de qualité et d’expertise. L’investissement est (normalement) élevé. La monétarisation est la compensation du temps passé, mais aussi la reconnaissance qui permettra d’accéder à la professionnalisation.

Mais comme dans le milieu de l’édition de notre loisir bien-aimé, le niveau de monétisation est loin d’être en adéquation avec le temps passé et la qualité des intervenants. Idem pour la demande qui est loin d’être pléthorique.

Pourtant, si l’on souhaite que ce développe une professionnalisation dans le JdR, monétiser ce genre de services est un pré-requis.
Pour exemple, une commune avait organisé comme activité de centre aéré des ateliers JdR à 40 € la semaine en faisant appel à une association de jeu. J’imagine qu’autant les parents que les enfants et que l’asso y avaient trouvé leur compte !

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#8

Ravi de déchaîner les foules :slight_smile:

Et rassure toi @Virevolte je ne suis pas le seul à ramener de quoi se sustenter.

Pour ma part je serais du genre à refuser tout paiement.

Déjà par ce que c’est contre mes idéaux, je désire voir la pratique de mon loisir comme un partage et non comme un rapport asymétrique.

J’accepte en effet de faire de l’animation voir de débarrasser un parent ou deux de sa progéniture quelques heures mais en aucun cas je ne vendrais de services.

En acceptant un obole, cela me contraindrait à une obligation de répondre à une attente.

A partir de ce moment la tu te dois de donner a ton joueur ce qu’il demande.
De l’aventure même si tu aime faire des enquêtes.

De la romance, si tu avais prévu un scénario baston.
Et tu a intérêt à être un sacré MJ. Après tout on paie Zidane ou Amstrong mais pas mon père ou copain Guillaume qui pourtant pratiquent la même activité.

On pourrais même aller trop loin. Et se dire que le code du travail nous oblige à un devoir d’obéissance envers son employeur. Dans ce cadre. Peut-on dire « Non tu joue à Cthulhu, tu ne peux pas tuer un grand ancien à la boxe. »

Cela pose toujours la question de « qu’es qu’on paie pour une prestation ? »
Dans le cadre des organisateurs de murder party de @Pierreuh .
Es qu’on paie les costumes, les locaux, les acteurs qui animes, les droits d’auteurs sur la murder ?
Ou l’événement de @Whidou, es qu’on paie la partie, le MJ ou une donation en échange d’une partie.

Vaste sujet …
Tellement qu’il me conforte dans l’idée de ne pas vouloir vivre de ma passion.
Baigner dans le JDR toute la journée peut sembler le rêve.
Mais j’ai bien trop peur de corrompre cette passion.

#9

Pas choqué par l’idée de rémunérer ou d’être rémunéré de mon côté. Vu le temps que ça prend à se former à cette pratique, à l’élargir à des questions comme le contrat social, la diversité etc. ça demande autant d’investissement sinon plus que pas mal de jobs.

En temps plein ou partiel, je doute de la viabilité du truc, mais organiser des ateliers découverte rémunérés, ça ne me choque pas plus que de payer pour un atelier découverte du yoga, du macramé ou de l’aquarelle.

Ouais, enfin, être salarié ne veut pas non plus dire être un esclave. S’il t’engage, c’est pour ton expertise aussi, et dans un domaine hautement créatif, il est d’usage de laisser une bonne part de liberté. Si c’est envisagé comme un simple job d’exécutant, dans ce cas, ça veut dire que c’est livré avec les phrases à lire aux joueurs :grin:

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#10

Merci d’avoir lancé ce débat. Ça fait réfléchir sur la pratique et donne une toute autre dimension au jeu ! Je peux me tromper, mais après quelques recherches, j’ai l’impression que ce corps de métier existe bel et bien.

Animation d’activités culturelles ou ludiques

Continuons donc à mettre en valeur les bénéfices du JDR, ça pourrait rapporter gros un jour ! :wink:

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#11

D’autant qu’on en entend de plus en plus parler sur internet, peut-être que cette personne a déjà eu une expérience payante ou a voulu voir si ça se faisait ?

#12

Il est de notoriété publique que Johan Scipion se fait payer pour animer en convention. Et il ne s’agit pas uniquement de défraiement, soyons bien clairs. Personnellement, je trouve cela normal.
Un magicien qui a des centaines d’heures de pratique derrière lui se fait payer pour ses spectacles. Pourquoi un MJ avec le même pédigrée ne pourrait-il pas le faire?
Est-ce que ça peut être rentable? Oui, certains business models permettent d’atteindre une certaine forme de rentabilité. P.ex. à 300 € pour 4 heures, cela revient à demander 50-75 € par joueurs à une table de 4 à 6 p. On paie proportionnellement plus cher pour une escape room, non?

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#13

Je suis d’accord sur le fond. :slightly_smiling_face: Effectivement, je pense qu’il est normal de payer quelqu’un intervenant dans des conventions ou ailleurs. Cependant, un point me dérange un peu dans ce commentaire : j’ai l’impression que ça place les joueurs dans une attitude de spectateur et le MJ en prestataire de partie réussie, devant faire tout le travail. Payer pour l’organisation, le savoir ludique, l’animation et la coordination, ok. Toutefois, dépenser de l’argent pour que quelqu’un – en caricaturant un peu – fasse le show de table en table, ne convient pas à ma pratique du jeu de rôle.

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#14

Je pense qu’on a tous “notre façon” de jouer, il y a probablement autant de manière de faire une partie de jeu de rôle que de table.
Maintenant il faut imaginer l’expérience différemment.
Que donnerait une partie de Marche-Branche mené par un Conteur des légendes de la Forêt de Brocéliande.
Que donnerait une partie d’Anima avec un meneur qui est été comédien de doublage pour la série VF de Ken le Survivant ?
Un metteur en scène de Théâtre utilisant son expérience sur un jeu à secret et qui tient compte du fait que ses acteurs soient également son public ?
Un membre d’une équipe nationale d’improvisation Théâtrale, menant un pbta ?

Restez curieux :slight_smile: Vous pourriez vous surprendre à aimer les nouveautés.

Toutes ces idées peuvent nous enchanter ou juste être “une découverte sympathique” et ne pas convenir à notre pratique, mais je pense qu’elles représentent une expérience enrichissante pour tout ceux qui aiment le jeu de rôle.

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#15

Facile, “Je vais te détruire grâce à la technique de l’Anima-traquedeCRS”

#16

Et sinon pour mes 2 cents:

Dans l’absolu, je ne vois pas de problème moral à se faire payer pour mener une partie.

Cependant, malgré la grande qualité de vos interventions, il me semble qu’elles entretiennent une confusion:

  • lorsque X anime une partie dans une boutique ou une convention, iel participe à l’amélioration de l’attractivité du lieu ou de l’évènement (voire permet de présenter un produit), il est donc parfaitement légitime d’y voir là une activité participant d’une logique commerciale. A la rigueur la question morale serait de savoir si c’est correct de la part d’Alquen d’ôter le pain de la bouche de ce pauv’ MJ en travaillant gratuitement :wink:
  • lorsqu’un.e anima.trice.teur fait du jdr (au centre aéré, à l’hospice, au centre social…), il s’agit d’un travail d’animation, à visée pédagogique, pas d’une activité de rôliste professionnel (même si le médium choisi se trouve être le jdr)
  • là où ça devient vraiment intéressant, c’est lorsque dans le cadre privé on fait appel à un.e intervenant.e pour animer une partie. On se rapproche effectivement d’une escape room ou d’une diner murder party, sauf que ces dernières sont des expériences hautement standardisées.
    Perso ça ne m’intéresserait pas car ça créerait une attente de résultat que je trouve plutôt incompatible avec ma façon de faire, mais il y a certainement une demande pour ce genre de choses (si l’on en croit le succès des parties payantes proposées sur Roll20 par exemple)
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#17

Imaginons que l’on vous propose une partie de JDR de 4 heures. Vous connaissez le meneur et les autres joueurs, vous leur faites confiance pour produire une partie de qualité, mettons dans le top 10% des meilleures parties que vous ayez joué jusque là. De l’eau minérale est mise à disposition des participants mais pas de nourriture, il est cependant permis d’en apporter. La partie se passera dans un endroit calme et propre, avec une salle d’eau à proximité. Papier, crayon, gommes, dés et autres accessoires simples strictement nécessaires au jeu sont fournis. Vous n’avez pas d’autres opportunités de parties à disposition ce jour là. Vous ne connaissez pas le jeu proposé mais il ressemble suffisamment à d’autres jeux que vous aimez pour savoir qu’il va vous plaire.

Combien d’euros seriez-vous prêt à payer au meneur pour participer ? 0 € ? 1 € ? 10 € ? 50 € ? 200 € ?
De quels facteurs dépend la somme que vous seriez prêt à débourser ?

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#18

D’accord avec toi. Mais dans cette logique, je paye aussi les joueuses et joueurs apportant leur expérience théâtrale autour de la table. Invitant Jean-Claude Van Damme à jouer une partie de Feng Shui par exemple. :star_struck:

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#19

Quand on voit le prix d’un ticket de ciné, ça me choquerait pas de payer 10-20 euros pour une telle soirée. Mais bon, je pense qu’il faudrait plus pour payer au SMIC le MJ.

Après, je me verrais pas payer 3 fois par semaine, ça finit par faire un gros budget (alors que je me verrais bien jouer 3 parties par semaine :wink: )

En fait, l’argent que je serais prête à payer dépend de la possibilité que j’ai de profiter gratuitement de parties de qualité équivalente par ailleurs - et entre les clubs de JdR locaux, et les parties virtuelles comme sur ce forum, la concurrence est rude pour des parties payantes !

Peut-être que les parties payantes se justifient surtout s’il y a une valeur ajoutée spécifique à apporter : faire découvrir à des débutants dans un environnement particulier (à domicile, en MJC, maison de retraite…), apporter une dimension didactique, découvrir un jeu avec son auteur, partie « à la carte » ou avec une préparation particulière (figurines spécifiques, plans 3D ou autre matériel d’accompagnement complexe) ?

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#20

J’ai dû mal m’exprimer. Pour moi, ce que tu paies c’est l’expérience du MJ et son investissement en (auto-)formation pour se perfectionner et délivrer un service de qualité.

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